dimanche 19 novembre 2017

There’s a place I go to ...


"There’s a place I go to
Where no one knows me
It’s not lonely
It’s a necessary thing
It’s a place I made up
To find out what I’m made of"

lundi 20 mars 2017

Le gamin



 Je l'ai rencontré ce matin même dans une sorte de salle conçue spécialement pour ce genre d'entretien. Une salle scindée en deux par une grille. De part et d'autre de cette grille un comptoir était installé, probablement pour y déposer ses coudes afin de permettre à nos mains de contenir la tête de temps en temps ou bien de les cacher ; elles nous trahissent si souvent, elles aussi.
Je l'ai vu, il me regardait avec un air piteux. Il baissait souvent les yeux. Je ne le lâchais pas.
Par contre, j’attendais que lui cède.
Une minute, deux minutes après les présentations, rien, il ne disait rien. Il était prostré. Après tout, il ne me connaissait pas.
Je l'invitais à me parler. J'insistais sur le fait que j'étais là pour l'écouter et surtout pour comprendre. Puis brutalement sans prévenir il vociféra des insultes :
— Puis merde, fais chier, je l'ai butée oui.
Après un long silence, il ajouta qu'il avait du mal à expliquer son geste. Il était jeune, dans la fleur de l'âge, la vie devant lui, comme il disait. Dans la seconde qui suivait son regard se transformait, devenait glacial et hermétique, il était violent et ses mains gesticulaient nerveusement. Dans ces moments il disait souvent « oui je l'ai butée, mais c’est pas ça que je voulais faire ». Il voulait lui montrer qui était l'homme, c'est tout. Je l'écoutais, impassible et attentive, je le regardais sans abandonner une seconde ses yeux. Je voulais le lire, extraire ses pensées, violer son inconscient.
Il lui arrivait de traverser des moments d'accalmie, c'était des instants où l'un et l'autre pouvaient se reposer.
À un moment, il se leva et fit des pas dans la salle. Le garde bien évidemment arriva. Je le sommais par le regard de rester à distance et d'être vigilant malgré tout. Il se passait quelque chose. Cela dura 15 minutes, interminables minutes. Son va-et-vient continuel finissait par laisser des traces sur le parquet déjà vieilli.
Il avait peur, de sa vie, pour sa vie « elle est fichue maintenant » répétait-il convaincu. Il n'avait que 25 ans.
Il me demandait comment allaient ses enfants, comme cela au milieu d'une phrase. Je le rassurais. Je lui demandais de me raconter à nouveau dans quel état il était au moment de son acte. On pouvait dire qu'il se sentait comme un malade à ce moment-là. Il avait cette arme dans sa poche, tout contre son corps et il ne se rendait pas compte qu'elle pouvait un être un instrument destructeur et capable de modifier des destinées en quelques secondes. À des moments il savait qu'il aurait pu lui même se tuer après cet assassinat, mais il se trouvait lâche... et il ne l'a pas fait. Il poursuivit. Elle était belle, jeune, elle avait tout pour elle.
Il était 3 heures du matin selon lui, il rentrait d'une soirée plutôt joyeuse, mais il n'ignorait pas qu'il avait bu. Il précisa énergiquement qu'il ne supportait pas les remontrances d'une merdeuse.
— Vous parlez de votre femme, lui demandais-je
Il me répondit avec une agressive rapidité.
— De qui alors ? On parle d'elle non !!
— Oui, nous parlons de votre femme, en effet.
Elle était morte, nous le savions tous les 2.
Il voyageait dans cette salle, en balançant tantôt des obscénités sur elle, tantôt des mots tendres. « Elle n'avait pas à me dire que je n'étais pas un homme ».
Il était rentré à 3heures du matin, saoul et armé. Il se souvint de cette date avec une précision compulsive. C'était y a trois mois, deux jours et 7 heures avait-il renchéri, en regardant l'horloge accrochée sur le mur, il jouissait presque de s'en souvenir. Il raconta qu'elle l'avait attendu jusqu'à cette heure tardive de la nuit. Rien que cette idée paraissait l'horripiler. Il disait souvent qu'il n'était plus un gosse et qu'elle n'était pas sa mère. Il sonna à l'interphone donc, il y avait trois mois, deux jours et 7 heures. Elle répondit d'après lui violemment via ses lignes invisibles en le traitant de gamin et d'irresponsable, qu'il avait des gosses à élever, une femme, et qu'elle en avait marre de l'attendre chaque soir et supporter ses gamineries. Il insista sur le fait qu'elle lui dit tout cela par l'interphone, des sons irréels et à la fois lointains. Elle ne voulut pas l'ouvrir cette fois-ci. Il ne semblait pas supporter l'idée d'être à la rue « comme un clochard, moi, un clochard !! » Grognait-il. 
À partir de là, il ne se souvint plus de rien.
Un bruit.
Une masse qui tombe dans un ralenti interminable.


lundi 7 novembre 2016

Ne vous laisser pas rêver par quelqu'un d'autre que vous même

Acrylique


Femmes et hommes de la texture
   de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots
   au bout de vos dents
Ne vous laissez pas attacher
Ne permettez pas qu’on fasse
   sur vous des rêves impossibles

On est en amour avec vous
   tant que vous correspondez
   aux rêves que l’on a fait sur vous
Alors le fleuve amour coule tranquille
Les jours sont heureux sous
   les marronniers mauves
Mais s’il vous arrive de ne plus être
   ce personnage qui marchait dans le rêve
Alors soufflent les vents contraires
   le bateau tangue et la voile se déchire
On met les canots à la mer
Les mots d’amour deviennent des mots couteaux qu’on vous enfonce
   dans le coeur
La personne qui hier vous chérissait aujourd’hui vous hait
La personne qui avait une si belle
   oreille pour vous écouter pleurer et rire
Ne peut plus supporter le son de votre voix
Plus rien n’est négociable on a jeté votre valise par la fenêtre
Il pleut et vous remontez la rue dans votre par dessus noir
Est-ce aimer que de vouloir que l’autre
   quitte sa propre route
   et son propre voyage
Est-ce aimer que d’enfermer l’autre
   dans la prison de son propre rêve

Femmes et hommes de la texture
   de la parole et du vent
Qui tissez des tissus de mots
   au bout de vos dents
Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un  d’autre que vous-mêmes 

Chacun à son   chemin qu’il est seul parfois à comprendre

Femmes et hommes de la texture
   de la parole et du vent
Si nous pouvions être d’abord
   toutes et tous et avant tout
   et premièrement des amants de la vie
Alors nous ne serions plus ces éternels questionneurs ces éternels mendiants
Qui perdent tant d’énergie et tant
   de temps à attendre des autres
   des signes des baisers de la  reconnaissance
Si nous étions avant tout et premièrement
   des amants de la vie tout nous
   serait cadeau
Nous ne serions jamais déçus
On ne peut se permettre de rêver
   que sur soi-même
Moi seul connaît le chemin qui conduit
   au bout de mon chemin
Chacun est dans sa vie et dans sa peau
A chacun sa texture son tissage et ses mots.

                                                                         par Julos Beaucarne
                                                                           Tiré du «Jaseur Boréal»

mardi 27 septembre 2016

Décence traversée

Voyage du feu follet

Chant d'oiseau

Tomber les masques

Le bruit du feutre

Chavelure

Heure de la Grande dame

T'as qu'à!

Paroles en boucles

jeudi 2 juin 2016

La rencontre






Croiser un nouveau regard
Le saisir dans son propre miroir
         Être ce regard

"L'instant de voir "
Suspension de temps
Passage vers un ailleurs
         Traversée  

La Rencontre
Nouveau dépliage
        l' E-vie-danse


lundi 4 avril 2016

En maison de re-traite

Résonances
comme des anses à l'absence
Des lances en mots qui touchent l'être
de sa présence

La vieille-ire
rit
de ces maux silencieux et plein d'un tout rance

La maison de retraite comme des panses remplies
par des sons en formes de cri
mes sons, tes sons
taisons!

La danse alors des mots hybrides
en écho surgissent
dans l'amas-tiers en jeu

Où chaque instant est re-naissance
En-corps et en-corps